Laos: un film sur les mobilités

Cérémonie où un village reçoit le statut de "village culturel au Laos"(© ULB - P. Petit)
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Chercheur au Laboratoire d’Anthropologie des mondes contemporains (LAMC), Pierre Petit vient de réaliser son premier film ethnographique au Laos. Une étape pour celui qui utilise la photo et la vidéo comme outils de recherche depuis plusieurs années. Il nous explique.

Comment est née l’idée d’un film ethnographique au Laos ?

Pierre Petit: Comme anthropologue, j’utilise la photo depuis les années 80 et, le matériel devenant plus léger et moins cher, je suis passé à la vidéo il y a quelques années. J’avais envie de rendre certaines dimensions de l’enquête de terrain qui passent mal par l’écrit ; de plus, mes interlocuteurs au Laos étaient enthousiastes lorsque je leur montrais des films sur mon ordinateur, j’ai compris que le projet de film me donnerait en tant qu’anthropologue, énormément de matière. Un crédit du FNRS, des collaborations avec l’Université nationale du Laos ainsi que des professionnels de la réalisation m’ont permis de le réaliser.

Que raconte ce film, Aller-retour ?

Pierre Petit: Il parle de la mobilité des jeunes Tai Dam qui quittent le village pour la ville et reviennent dans leur famille, au Laos, à l’occasion des fêtes du nouvel an (Kincheng). Nous avons enregistré des interviews et tourné les scènes sur le vif. La caméra n’était pas dirigiste ; les scènes de travaux domestiques, champêtre, en usine , les fêtes, les jeux, les danses, la cérémonie, tout cela a été filmé sans rien susciter. Puis, il a fallu « dérusher » – il y avait près de 10 heures d’interviews, entre autres. Et enfin, monter le film à Bruxelles.

Le film a-t-il déjà été diffusé ?

Pierre Petit: Oui, nous l’avons montré au Laos où l’accueil a été enthousiaste. Les habitants sont fiers de l’image donnée d’eux. Le film a été projeté sur place, des dvd ont été distribués… Etrangement, il n’y avait pas de film ethnographique au Laos. Maintenant, nous allons le montrer dans des congrès et voir comment il est accueilli par la communauté scientifique. J’avais monté rapidement, en amateur, quelques images pour en faire un premier essai de film; elles ont fait plus de 1100 visites totalisant 110 heures sur YouTube*; difficile d’atteindre une telle visibilité avec un article scientifique, même si, ici, c’est surtout la diaspora Tai Dam qui regarde le film, à travers le monde.

Qu’apporte l’image, photo ou vidéo, à un anthropologue ?

Pierre Petit: L’image est un outil de stockage et d’analyse. Quand vous prenez une photo ou filmez, vous saisissez énormément d’informations que vous n’auriez pas vues en assistant à la scène. J’ai par exemple photographié des cérémonies de mariage, lors de mes enquêtes au Katanga où j’ai découvert des personnages, le rôle des uns et des autres, après coup, sur les clichés. Il y a aussi des informations qu’il est difficile de livrer en texte mais que la photo, par exemple, restitue ; elle aide à contextualiser. Les images sont utiles dans des publications ou lors de colloques scientifiques mais aussi sur le terrain. Quand vous revenez dans le village où vous avez mené vos entretiens et présentez une vidéo ou des photos, un dialogue, parfois une complicité se noue avec les habitants : les protagonistes commentent les images et vous livrent de nouvelles informations. La photographie et la vidéo sont encore des objets rares dans les populations que j’étudie ; on y accorde une grande attention.

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