Ces scientifiques qui passent derrière la caméra

Aborder la photographie ou la vidéo est un exercice difficile lorsque l’on n’en a aucune connaissance. Déterminer ce qui est intéressant à photographier, comprendre les réglages de base de son appareil, tester et recommencer,… Tout cela demande du temps, qu’il faut dégager de son travail de recherche quotidien. Voici quelques exemples de scientifiques ayant franchi le pas malgré ces obstacles.

Felice Frankel : sous le microscope

Felice Frankel est une photographe scientifique basée au Center for Materials Science and Engineering, du MIT. Ses clichés ont notamment été publiés en couverture de National Geographic, Nature, Science, PNAS,… ils représentent des matières, des structures, des organismes, vus sous l’œil du microscope.

Felice Frankel

Diplômée en biologie, Felice Franken s’est intéressée à la photographie dès 1968, lorsque son mari lui offre un appareil photo. Elle commence à prendre des clichés, notamment d’architecture et de paysage. Le lien entre sa pratique de la photographie et la science ne viendra que plus tard, lorsqu’elle prend contact avec un professeur de biologie moléculaire dont le laboratoire tentait de prendre des photographies d’un nouveau procédé chimique :

They had taken pictures to illustrate this phenomenon, but it was hard to see what the pictures were trying to show. I said, ‘I think I can improve these images – let give me a shot!’ (source)

La chercheuse aide depuis lors les chercheurs à communiquer visuellement leurs recherches. Plusieurs livres ont été publiés avec ses clichés. Âgée aujourd’hui de 69 ans, Felice Franken décrit la réflexion sur la représentation visuelle d’une recherche comme une part du processus de compréhension, comme elle l’explique dans cette conférence TED.


Les photos de Felice Frankel restent très attachées au sujet de recherche qu’ils tentent d’illustrer. Mais les clichés peuvent également tendre vers l’art, sur base d’un phénomène scientifique. Exemple avec Fabian Oefner, artiste et photographe suisse, se basant sur des phénomènes chimiques et physiques simples pour réaliser de magnifiques clichés :

Karen McKee: the scientist videographer

Portrait de Karen McKee

Karen McKee

Scientifique retraitée de la société américaine de géologie (U.S. Geological Survey), Karen McKee est l’auteur du blog « The Scientist Videographer ». Il y a quelques années, elle constate l’émergence des vidéos réalisées par des scientifiques sur le web et des demandes de certains journaux d’accompagner les articles publiés de vidéos. Au même moment, on lui demande de créer plus de contenus à destination du grand public

My first reaction was that I didn’t have time to do outreach and also meet my scientific goals. I also didn’t have a clue about making videos or setting up a blog. (source)

Mais après réflexion, Karen McKee décide que la communication scientifique change et que découvrir ces nouvelles formes de communication lui permettrait notamment de mieux promouvoir ses recherches et de montrer la réalité du métier de chercheur. En autodidacte, elle commence à réaliser ses propres montages vidéo. Les retours sont positifs. Persévérant dans cette voie, elle donne ses conseils de réalisation sur son blog, ainsi que dans son e-book « The Scientist Videographer ».

What surprised me most, however, was how the process of making a short video about a topic forced me to reexamine what I knew about it (or thought I knew). (source)

Les vidéos de Karen McKee sont, en général, des présentations de son travail, mêlant des animations de photographies, vidéos prises sur le terrain avec un commentaire audio et une musique d’ambiance. Il s’agit principalement de vidéos didactiques, ce ne sont pas des vidéos « léchées » : on sent l’assemblage d’éléments de diverses provenances, les vidéos ont quelques défauts et restent globalement longues. Cependant, l’exemple de Karen McKee est représentatif d’un chercheur souhaitant communiquer visuellement ses recherches et entamant des démarches autodidactes pour y arriver. C’est également un exemple de ce que l’on peut faire avec différents matériaux (vidéo, animations, photos) disponibles. Karen McKee fait aussi preuve d’imagination dans certains de ses plans : elle filme ses pieds lors d’une marche pour démontrer le changement de flore sous ses pas, elle montre en accéléré l’arrivée dans une forêt de mangroves, etc.
Exemple avec cette vidéo réalisée sur iphone :

Prochainement, ce seront peut-être vos productions qui deviendront une référence: d’autres se sont lancés avant vous, n’hésitez plus!  ;)