Sur un chantier de fouilles

La photographie, pour un archéologue, c’est comme le bloc-notes pour un journaliste: indispensable. En reportage cet été à Bibracte (Bourgogne), nous les avons vu installer la mire donnant l’échelle des structures, la flèche indiquant le nord, repérer le bon angle avant de déclencher le clic de leur appareil reflex. La photo témoignera de la fosse mise au jour avant qu’elle ne soit fouillée, du vestige en l’état. «  Ces photos sont complémentaires des dessins à l’échelle sur papier millimétré; elles font partie de la documentation de base de l’archéologie. Et donc du métier d’archéologue. Si vous vous appliquez, elles vous livreront d’autant plus d’informations. Ces photos donnent aussi une première impression sur la qualité du travail: un article scientifique mal illustré risque d’entraîner un a priori négatif », explique Laurent Bavay, directeur du CReA-Patrimoine, Faculté de Philosophie et Lettres, ULB. Le centre de recherche dispose d’ailleurs de matériel photo de qualité mis à disposition des équipes. Il a aussi organisé une formation pour les collaborateurs administratifs et scientifiques: trois journées pour (re)découvrir la photo d’objets en studio, les logiciels de traitement d’images, etc.

L’œil rivé sur l’objectif, les fouilleurs s’appliquent mais « nous ne pensons pas assez à prendre des photographies d’ambiance. Or, c’est intéressant pour la communication vers le public mais aussi lors d’exposés scientifiques: nous apprécions de voir le chantier, l’équipe au travail », observe Laurent Bavay.

Si la photo numérique est de plus en plus aisée – et corollaire, on a parfois tendance à prendre des milliers de photos au vol plutôt qu’à s’appliquer pour obtenir quelques clichés de grande qualité -, en revanche, la vidéo continue à faire un peu peur. « Il faut à la fois l’équipement adéquat, des compétences et du temps. L’alternative pourrait être de sous-traiter mais, d’expérience, c’est parfois lourd d’accueillir une équipe de tournage sur chantier », précise le chercheur.